Guy DESLAURIERS_____________________
Réalisateur

 

 

 

 

 

 

EN FACE DE L’IMPOSSIBLE

 

À quand remonte ma « rencontre » avec André ALIKER ?
Difficile à dire. Cela s’amorce par le sentiment  de sa « présence » me visitant, souvent, régulièrement. Une insistance difficile à comprendre, même lorsqu’elle s’est transformée en obsession.

ALIKER venait-il ainsi à ma rencontre afin que je me décide à explorer cette histoire que nous croyons tous connaître mais qui nous échappe tant ? Était-ce moi qui cherchais à me convaincre que cette tragédie était bien trop inacceptable pour qu’on la laisse enfouie dessous la chape d’une bonne conscience ?

Une autre question me taraudait avec encore plus d’acuité :
Comment donner l’exacte mesure de cet homme d’exception ?

Sans aucune réponse à ces questions, j’ai fini par basculer dans l’aventure de ce projet. Ma détermination (ou mon inconscience) n’avait d’égale que la somme des obstacles qui se sont dressés sur notre chemin. Pendant des mois, j’ai avancé ainsi, envers et contre tout, mais avec mille dévouements et soutiens de toutes sortes, soutenu par l’obscure exigence. Ennuis après ennuis, jour après jour, convaincu de la nécessité de ce que je faisais mais toujours sans réponse aux questions initiales que j’avais d’ailleurs fini par oublier.

C’est ALIKER lui-même qui m’en portera les réponses, au fur et à mesure de l’avancée difficultueuse du tournage. À l’évidence, depuis ces années 30, il devinait déjà ce que seraient le monde à venir et les outils neufs qu’il fallait inventer pour résister aux dominations diverses qui depuis la nuit des temps soumettent les peuples, qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs. Du fond de la Martinique, colonie sucrière, poisseuse de fièvres et de misères, d’exploitation honteuse et de racisme, André ALIKER avait fixé les impossibles et, à force d’humanité, il avait réussi à contester de manière radicale le soleil noir des colonies.

Là était la réponse à toutes mes questions.
Considérer les impossibles.
Trouver ce que chaque impossible détermine comme possibles.

ALIKER nous ouvre ainsi à nous-mêmes pour nous ouvrir au monde.
Il est cette conscience qui nous manque.
Cette clairvoyance qui nous fait défaut.
Et ce courage aussi.
Il sait que la vie est faite de mort, et que toute mort nourrit la vie.
Que la lumière la plus vive gît parfois dans ce que l’ombre a de plus intense.

Tout comme cette petite lampe à huile, au fond des cases anciennes, et dont la flamme tremblote, de jour comme de nuit, et qui insiste ainsi, persiste ainsi, accorant l’espérance, attisant les désirs, nourrissant les débris de ferveur… Confortant ce qui pour vivre ne peut que tenir raide. Une lueur, aussi fragile qu’indestructible alors qu’aucune main ne vient la protéger. Elle résiste, insiste, persiste encore et nous fraye un chemin là où il n’y en a pas…
Que ce film l’accompagne !

Guy DESLAURIERS.